ESQUISSE #2 FINIR CHÈVRE

January 17, 2019

Romain Guilbert, metteur en scène du Collectif Asymptomatique, crée Finir Chèvre. Il présentera une première étape de son travail dans le cadre des Esquisses, le 14 mars à 16h, à La Cité/Théâtre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Finir chèvre est un projet que l’on a vu naître au festival En attendant l’éclaircie, en février 2018. Que s’est-il passé depuis ?

 

À ce moment nous formions un duo avec Louison Bayeux-Martin. À la suite de cette présentation qui fût comme un crash test pour nous deux, j'ai compris que je désirais poursuivre le travail en sa compagnie. Le travail que nous avions amorcé commençait à mettre en perspective une narration et un terrain de recherche complexes et labyrinthiques, comme les prémisses d'un Thriller-Psychologique dont nous ne pouvions encore cerner les limites. Pour raconter la suite de cette histoire, j'ai invité à nous rejoindre, Inès Camesella, comédienne, et Nikita Haluch, pour collaborer à ce projet d'écriture collective.

 

 

La question de la névrose, de l’instabilité et la fragilité psychologique apparaît comme le thème fondamental de ton travail, comment souhaites-tu le traiter ?

 

C’est effectivement fondamental mais ça ne reste qu’un terrain de recherche et d'inspiration. Je ne demande pas aux acteurs de jouer la névrose, l'instabilité ou une fragilité psychologique. Nous étudions les syndromes et en tirons des symptômes qui transparaîtront dans les situations jouées. Ainsi, comme une enquête, le spectateur pourra, au gré de l'histoire, construire la personnalité qu'il souhaite voir en l'acteur. Le spectacle aborde d'autres questions toutes aussi importantes comme la question de la peur de l'abandon, de l'importance d'être aimé (peu importe par qui) et de la manière dont nous percevons un homme monstrueux et une femme monstrueuse.

 

 

Depuis quelques années, j’ai l’impression que le « pervers narcissique » est partout... Nouvellement identifié ou mot galvaudé ? Dans les médias, les discussions entre amis, les films, il semble être un sujet de luttes et de témoignages inépuisables. Y a-t-il un éclairage que tu souhaiterais apporter ? 

 

Comme tous les syndromes sur lesquels nous travaillons, le pervers narcissique possède une dénomination très imparfaite et est révélateur de comportements et fonctionnements particulièrement complexes du corps humain. Initialement, le narcissisme était considéré comme une perversion parmi d'autres (comme la corruption ou la débauche par exemple), on parlait alors DES perversions narcissiques. Il s’agissait d'un mouvement psychiatrique et non d'une entité à part entière. Cette notion a été par la suite grandement popularisée. Il me semble que les médias ont vu en ce sujet quelque chose de particulièrement racoleur : l'idée d'une machine prédatrice aux capacités manipulatrices hors-normes. Cependant, il faut faire attention à ne pas galvauder les mots que nous employons. Jouer les apprentis psychologues est dangereux. Il existe des manipulateurs, des pervers en tout genre qui ne sont pas pervers narcissique. Vouloir nommer les choses est compréhensible. L'essor des sciences psychologiques, psychanalytiques ou encore neurologiques nous met sur le qui-vive. Mettre des mots nous donne le sentiment de mieux cerner (voire dissocier) les gens et le monde qui nous entoure. À trop vite définir ce qui nous entoure on en oublierait presque de prendre le temps de le comprendre. « Pervers narcissiques », « bipolaires », « surdoués », « hyperactifs », ces termes sont aujourd'hui surreprésentés et banalisés, c'est vrai. Mais, en réalité, je pense qu’ils demandent à ce qu'on les représente mieux.

 

Avec Finir Chèvre, je n'ai pas la prétention de vouloir donner un éclairage quelconque sur ces notions complexes, même si cela peuple la pièce, son histoire jusque dans ses rouages. Le collectif Asymptomatique, nous souhaitons aborder ces questions, nous réfléchissons à des moyens simples et concrets pour investir la sphère publique et sensibiliser à ces sujets. À cet égard, nous souhaitons nous entourer de professionnels pour ne pas sans le savoir, reproduire des chemins de simplification et de généralisation.

 

 

Et quel dialogue avec le théâtre ?

 

Le dialogue entretenu entre ces notions et le théâtre est aussi vieux que le théâtre lui-même, qui a toujours été peuplé de fous, de névrosés, de pervers. Sophocle, Shakespeare, Barker, Lars Norén pour ne citer qu'eux, leur ont toujours accordé une place importante. Chacun à leur manière, chacun en leur temps. Je crois que ce qui m'intéresse dans ces sujets, c'est cet aspect indémodable et intemporel tout en étant paradoxalement à redéfinir sans cesse, en lien avec les mœurs et l’évolution des sociétés. Selon moi, notre société entière est malade et pas seulement les gens. Utiliser le bon vieux pouvoir cathartique du théâtre pour se décharger ponctuellement d'un trop plein,  me semble être un dialogue nécessaire et intemporel avec nos folies, nos névroses et nos perversions.

 

 

Finir chèvre… Quelle part de folie mets-tu dans ton travail ?

 

Toutes ces questions habitent et peuplent mon imaginaire depuis mon enfance. Je n'ai jamais réussi à dissocier l'art de la science qui sont, pour moi, nécessaires à la compréhension du monde qui nous entoure. La folie que je mets dans mon travail, c'est cette capacité à croire qu'il n'y a aucune notion inabordable sur un plateau de théâtre, rien qui ne soit irreprésentable. Il n'y a que des histoires que nous voulons raconter et des moyens aussi infinis que l'imagination humaine pour les raconter.

Zola disait : « Le théâtre n'existe pas. Il y a des théâtres et je cherche le mien ». Le théâtre que je cherche est peuplé de gens malades, d'exclus, d'extrêmes en tout genre, de sujet qu'on aimerait mieux ne pas aborder, de détours à n'en plus finir, d'un trop vite, d'un trop plein. Mais surtout d'acteurs capables de s'en amuser, d'acteurs qui s'emparent de tous ces sujets avec et sans moi, qui sont à la fin seuls porteurs de cette folie que je les invite à partager. Cette folie de continuer à s'aimer alors qu'on ne devrait plus, qu'on ne peut plus ? C'est cette folie que je souhaite raconter.

 

 

Interview réalisée

en décembre 2018

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